“Traduire le plurilinguisme: défis, solutions, compromis”

Après avoir considéré les manières dont la traduction et le plurilinguisme se complètent, rapport de complémentarité qui cache parfois un rapport de concurrence, j’aborderai dans cette deuxième conférence un cas spécifique qui est en même temps une sorte de « mise en abyme » des relations générales entre ces deux grandes formes de contact interculturel. Nous allons voir en effet ce qui arrive (et selon quels paramètres) aux textes plurilingues ou « hétérolingues » en traduction. Il ne fait aucun doute que de tels textes, parce qu’ils accueillent des passages « en langue étrangère » (parfois au point de donner l’impression d’avoir été rédigés en plus d’une langue), posent un défi considérable aux traducteurs, habitués à concevoir leur démarche comme n’impliquant que deux langues : une seule langue source et une seule langue-cible.

Cette conférence aura trois parties :

  1. Un rappel du statut particulier certes, mais pas pour autant exceptionnel, des œuvres qui font appel à d’autres langues : on en trouve sans peine des exemples dans la plupart des genres et la plupart des périodes de la plupart des littératures (ce qui ne veut pas dire qu’il n’ait pas de genres ou de périodes plus ouverts que d’autres à la diversité linguistique). Un survol d’exemples célèbres sera suivi de quelques réflexions concernant l’intégration textuelle des langues autres à l’aide de traductions, paraphrases et gloses.
  2. Un examen des transformations subies par le texte hétérolingue en traduction, que ce soit pour des raisons linguistiques (réduction de la tension stylistique entre les langues en présence; fermeture de l’éventail linguistique) ou culturelles (l’équivalent linguistique a d’autres connotations). De ce point de vue, « l’analytique » développée par Antoine Berman permet de mesurer les « pertes » sémantiques à l’aune des enjeux idéologiques qui sous-tendent la traduction comme pratique culturelle.
  3. Suit une prise en compte plus large des aspects contextuels qui dictent souvent les choix de traduction, y compris en ce qui concerne le traitement réservé aux langues étrangères. Ces choix font intervenir l’habitus du traducteur (Bourdieu, Simeoni) mais dépendent aussi et peut-être même davantage de la position relative qu’occupent la langue et la littérature dans lesquelles on traduit sur l’échiquier mondial des littératures. C’est ce que viendra illustrer le dossier de Marie-Claire Blais en traduction (Une saison dans la vie d’Emmanuel, prix Médicis 1966).

 

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